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Débat & Vous

La conférence de Téhéran: Bienvenue à Munich II

La conférence de Téhéran: Bienvenue à Munich II


« Telle est la leçon de ces années noires : si l'on transige avec l'extrémisme, il faut bien le mesurer, on lui offre un terreau pour prospérer, et tôt ou tard on en paye le prix. Face à l'extrémisme, il n'y a qu'une attitude : le refus, l'intransigeance ». C'est ainsi que le Président Chirac a rendu hommage le 18 janvier aux Justes français, en martelant que l'on doit apprendre du passé, que parce que « l'antisémitisme peut conduire aux chambres à gaz et à la fabrique de savon » (Ben Gourion), il faut lui livrer un combat sans merci. Malheureusement on ne peut que déplorer l'inadéquation entre le discours du Chef de l'Etat et ses actes.

 

En effet, l'Iran, avec à sa tête le Président Ahmadinedjad, a organisé une conférence pour contester un des crimes les plus abominables jamais commis et le Ministère des Affaires étrangères français est « indigné ». Les spécialistes du négationnisme sont invités par l'Etat iranien pour nier l'existence de la Shoah et Philippe Douste-Blazy n'en est pas très content. L'histoire se répète et l'homme oublie.

 

La comparaison entre le régime iranien et le régime nazi peut paraître absurde. Elle ne l'est pas. Leurs présidents ont tout d'abord des ressemblances frappantes. Leur accession au pouvoir relève d'un simulacre démocratique. En effet, l'élection est une condition nécessaire à la démocratie mais pas suffisante. Hitler et Ahmadinedjad ont été élus mais dans des circonstances bien précises : politique de terreur des SA pour le premier et arrestation des dissidents pour le second, autrement dit dans une atmosphère où la liberté d'opinions et d'expression fut tellement bafouée que le qualificatif « démocratique » fait sourire. Ce sont deux hommes providentiels, qui rêvent de redonner leur honneur et leur fierté aux peuples qu'ils représentent ; ainsi Hitler se voulait le héros des Allemands désabusés et Ahmadinedjad celui des Iraniens opprimés. Ces deux hommes sont des harangueurs de foule qui n'hésitent pas à révéler leurs intentions. Car le second point commun entre les deux régimes est une idéologie raciste contre les Juifs. Ne nous y trompons pas, le discours d'Ahmadinedjad sur « l'entité sioniste » renvoie bel et bien à la « juiverie internationale ». Comme le dit justement Pascal Bruckner, « l'antisionisme c'est l'antisémitisme justifié ». Enfin le dernier point commun est la velléité d'expansion de ces deux pays. L'Iran était arrêté à l'Ouest par l'Irak fort de Saddam Hussein, mais avec l'instabilité dans laquelle est plongé le pays, plus rien ne le retient désormais. Ainsi son influence est palpable en Irak au sein de la population chiite, au Liban avec le contrôle du Hezbollah et à Gaza avec le financement du Hamas. De même l'Allemagne travaillait à étendre son Lebensraum, son espace vital, et regardait en direction de l'Autriche, de la Tchécoslovaquie et enfin de la Pologne. En réalité la situation est similaire : pour justifier leurs vues hégémoniques les deux dirigeants fanatiques s'appuient sur une population frustrée en brandissant l'épouvantail de la menace juive (pardon, israélienne).

 

Face à ce danger, les dirigeants européens condamnent. Verbalement. Le drame de cette histoire est la mise en place de la même politique de pacifisme inconditionnel qui n'est en fait qu'une lâcheté nauséabonde. Les pourparlers - talmudiques pour être cynique - autour des sanctions contre l'Iran ont commencé le 31 août, soit il y a plus de quatre mois. Et le résultat est presque nul, la réaction européenne n'existe pas. Face à un pays qui adopte un discours scandaleux et qui se donne les moyens de réaliser ses souhaits mortifères, l'Europe avertit, dénonce, rejette et désapprouve.

 

Cet attentisme est l'autre visage d'une faiblesse refoulée. Et pourtant, l'Europe peut peser et a des moyens de faire reculer l'Iran, car l'Iran est vulnérable. En effet un rapport de septembre 2006 rédigé par la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense du Parlement iranien conclut qu'en cas de sanctions occidentales effectivement contraignantes et appliquées, l'Iran « serait forcé de modifier ses priorités nationales, et de consacrer l'essentiel de ses ressources à empêcher un important bouleversement social, qui pourrait causer une détérioration des conditions de vie pour une section importante de la population produits pétroliers raffinés, le régime iranien se retrouvera demain au bord du gouffre face à un mécontentement social inquiétant et n'aura pas d'autre solution pour se préserver que d'abandonner. La France doit être le moteur de cet engagement européen. ». En d'autres termes, si la communauté internationale exerce une pression suffisante sur l'Iran, le régime sera forcé de céder et de renoncer à l'arme atomique au risque d'affronter une dangereuse instabilité et un désordre intérieur généralisé. Alors que peut faire l'Europe ? Rappelons tout d'abord que si l'Iran est une puissance pétrolière incontestable, le pays accuse des faiblesses structurelles dans ce domaine, puisque 40% des produits pétroliers consommés sont importés. En outre 40% des importations iraniennes proviennent d'Europe. Ainsi si aujourd'hui l'Union européenne décrète un embargo sur les exportations de produits industriels (électricité et automobile en particulier) et les

Enfin ceux qui, par aveuglement ou mauvaise foi, affirment que le danger est exagéré, que la sécurité d'Israël soulève toujours des réactions disproportionnées et qu'après tout si Israël a la bombe c'est le droit des Iraniens de la détenir, doivent répondre à la question suivante : un Etat menace votre pays d'être rayé de la carte, conteste un des fondements constitutifs de votre identité nationale et arme des milices qui envoient des roquettes sur vos maisons ; acceptez-vous que cet Etat se dote de la bombe nucléaire ?

 

Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007

 


16/11/2007


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