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L’ancien Président irakien Saddam Hussein, condamné à mort pour crimes contre l’humanité pour le massacre de 148 chiites du village de Doudjail en 1982, a été pendu à l’aube du samedi 30 décembre dernier à Bagdad. C’était le jour de l’Aid el Kébir, fête musulmane où le croyant sacrifie à Dieu un mouton : le choix de cette date a, de fait, suscité de multiples polémiques et réactions. Sa mort constitue-t-elle comme l’a affirmé le Président Bush un tournant pour l’Irak ?
Le procès aurait pu contribuer au début de l'avènement de la justice et du Droit en Irak, mais il a été bâclé et précipité. Il a abouti essentiellement à une sentence inattendue, contestée et choquante qui relève plus d'un acte de vengeance que de justice, au sens moderne du terme. Quels que soient les crimes de cet homme, il est désomais mort et cette pendaison, dont les images ont fini par être diffusées en intégralité (d'autant plus que le hasard a rapproché la mort de Pinochet, dans son lit et celle de Saddam, pendu), a été perçue comme un acte de barbarie destiné à rabaisser le monde arabe en un jour sacré. La réaction ne s'est pas fait attendre : ironie du sort, les sunnites d'Irak, et même d'ailleurs, l'ont érigé en martyr. Aurait-il finalement réussi sa sortie et nous narguerait-il de là où il se trouve en ce moment ? La justice moderne, libérée de toute intention vindicative, aurait eu pour priorité d'établir la vérité et les responsabilités pour les violations massives des droits de l'homme perpétrées sous le régime de Saddam Hussein. Le procès de sa vie porte sur un seul des nombreux massacres qu'il a commandités. Cette justice tronquée a conduit également à la frustration du peuple kurde : Saddam étant mort, ils n'auront jamais eu leur procès historique. L'extermination de deux cent mille d'entre eux pendant l'opération Al-Anfal en 1988 et les massacres de centaines de milliers de chiites dans l'écrasement de la révolte de 1991 n'auront finalement pas été évoqués. La précipitation dans laquelle a été rendue la sentence n'est-elle pas due à la crainte des Américains que les procès qui n'ont pas eu lieu ne révèlent des vérités gênantes sur le soutien militaire et politique américain, français et britannique dont a bénéficié l'ex-Rais ? Selon toute vraisemblance, ces pays auraient participé indirectement aux deux massacres précédemment cités en vendant des armes de destruction massive à l'Irak, en particulier des armes chimiques qui auraient servi à gazer des Kurdes en 1988. comme un acte de barbarie destiné à rabaisser le monde arabe en un jour sacré. La réaction ne s'est pas fait attendre : ironie du sort, les sunnites d'Irak, et même d'ailleurs, l'ont érigé en martyr. Aurait-il finalement réussi sa sortie et nous narguerait-il de là où il se trouve en ce moment ? La justice moderne, libérée de toute intention vindicative, aurait eu pour priorité d'établir la vérité et les responsabilités pour les violations massives des droits de l'homme perpétrées sous le régime de Saddam Hussein. Le procès de sa vie porte sur un seul des nombreux massacres
Quid de l'Irak ? Envahi en 2003 de manière illégale, sans l'accord de l'ONU, et infondée puisqu'on n'y a pas trouvé d'armes de destruction massive et qu'on n'a pas prouvé que l'ex-dictature soutenait les musulmans radicaux et le terrorisme, ce pays est maintenant exsangue.
Il ne cesse de subir les conséquences de la « démocratisation » à laquelle on l'a forcé. La mort de Saddam Hussein y a conduit à une haine encore plus féroce à l'égard des Etats-Unis, à un risque terroriste accru, à une escalade des violences et surtout à une montée des tensions entre sunnites et chiites qui menace gravement de se transformer en guerre civile. Une question se pose : la démocratisation forcée vaut-elle réellement mieux qu'un despotisme éclairé pour les pays arabo-musulmans actuellement en proie aux islamistes radicaux ? La démocratie, émanation de l'Occident est-elle applicable en Orient avec la même efficacité ? Sans oublier qu'il était un dictateur sanguinaire, on ne peut nier que Saddam Hussein a fait connaître à l'Irak un développement industriel et social sans précédent. J'insiste sur le fait qu'il y a presque éradiqué l'analphabétisme, seule manière de combattre à terme l'extrémisme religieux qui se nourrit de l'ignorance des peuples. Alors qu'il a eu recours à la terreur pour imposer ces évolutions, les pays exportateurs de la démocratie, proposent un modèle de gouvernement respectueux des droits et des libertés des citoyens. Cependant, pour mener à bien leur mission, ils se donnent le droit ou se voient forcés d'utiliser la force et d'affamer le pays notamment par l'embargo.
Ainsi, faire la part des choses est loin d'être évident. Saddam est mort, que Dieu ait son âme… ou pas, mais l'Irak, cette nation presque aussi vieille que l'histoire est malheureusement loin de se redresser librement et dignement comme elle le mérite.
Retrouvez cet article dans le numéro d'OpinionS de mars 2007
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