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Entre Nicolas Sarkozy et Mohammed VI, des relations avançant à Très Grande Vitesse
La France a toujours entretenu une relation privilégiée avec son ancien protectorat qu'est le Maroc. Elle en est le premier client et premier fournisseur. Elle y est aussi principal investisseur étranger. Le Maroc est par ailleurs le principal pays d'origine de l'immigration en France, le français y est la deuxième langue et une communauté française très importante y vit. Et ce n'est pas la communauté étudiante de l' ESSEC qui affirmera le contraire! La première visite d'Etat de M. Sarkozy, au Maroc du 22 au 25 octobre, fut donc l'occasion d'aborder des questions aussi bien diplomatiques qu' économiques ou commerciales, et ainsi "de réaffirmer la force de l'amitié entre [les deux pays] ".
Avec une part de 21% des échanges extérieurs marocains, la France est le premier partenaire commercial du Maroc. En 2006, ces échanges commerciaux (5,7 Md€) ont progressé de 2,6%. Le constructeur automobile français Renault et le gouvernement marocain ont par ailleurs signé cet été un protocole d'accord sur l'installation près de Tanger, dans le nord, d'une usine de montage d'une capacité, à terme, de 400.000 véhicules par an. Et au terme de son séjour, le chef de l'Etat a annoncé que la France avait signé pour 3 milliards d'euros de contrats avec le Maroc. Le plus important est la ligne de train grande vitesse (TGV) entre Tanger et Casablanca, estimée à 2 milliards d'euros, dont la moitié reviendra notamment à trois entreprises françaises, Alstom, la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et Réseau ferré de France, pour le matériel roulant et l'équipement de la voie. Il a également été décidé que la France moderniserait vingt-cinq hélicoptères Puma et 140 véhicules de l'armée marocaine. La France fournira aussi un système de surveillance des frontières. Interrogé sur la volonté du Maroc d'acheter des chasseurs bombardiers américains F16 plutôt que des Rafale, M. Sarkozy a déclaré qu' "il n'y a pas que des succès".
"C'est une magnifique visite d'Etat. Les intérêts économiques de la France y sont je crois bien défendus". "Si la France a beaucoup à donner, la France a aussi beaucoup à apprendre de vous", a estimé le Président, laissant entendre par ce discours qu'il souhaitait rompre avec une forme de "paternalisme" prêté à ses prédécesseurs, dont Jacques Chirac, à l'égard de l'ancien protectorat français. Il a, par ailleurs, rendu hommage au peuple marocain "dont l'honneur est d'avoir protégé les Juifs quand dans toute l'Europe ils étaient pourchassés pour être exterminés". Moins de deux mois après les élections législatives marocaines qui ont vu le parti nationaliste et conservateur Istiqlal (Indépendance) l'emporter, en sièges, sur les islamistes modérés du Parti de la Justice et du Développement, M. Sarkozy a salué le "pluralisme et l'ouverture" du royaume.
Souhaitant voir le Maroc se doter d'"une filière nucléaire civile" en partenariat avec la France, le président français a lancé un appel à l'Iran. "L'énergie du futur n'a pas vocation à être la possession exclusive des pays les plus développés dès lors que les conventions internationales sont partout respectées", a-t-il insisté. Peut-être une façon de dire à l'Iran qu'une coopération est possible et que la confrontation peut être surmontée. Sur le conflit du Sahara occidental, M. Sarkozy a qualifié le projet marocain de "sérieux et crédible", ce qui a immédiatement soulevé les critiques du Polisario, qui considère que les résolutions de l' ONU sont totalement bafouées par ce plan marocain.
M. Sarkozy a en outre annoncé sa volonté d'organiser, dans le cadre de la présidence française de l'UE au deuxième semestre 2008, une nouvelle conférence euro-africaine sur l'immigration. La première, tenue à Rabat en 2006, avait réuni 57 pays européens et africains. Elle avait adopté un plan d'action portant sur le contrôle de l'immigration clandestine, le co-développement dans les pays d'origine et l'organisation de l'immigration légale. M. Sarkozy a jugé "essentiel d'améliorer la gestion concertée des flux légaux de personnes entre les deux rives de la Méditerranée", pour jeter les bases "d'une union économique, politique et culturelle". Le chef de l'Etat a fait part de sa vision pragmatique de l'Europe, bâtie d'abord sur le charbon et l'acier, puis sur le nucléaire, et dans l'avenir sur le développement durable, l'énergie, les transports, l'eau. Comme l'Europe en son temps, cette Union de la Méditerranée doit se construire sur des solidarités concrètes. C'est pourquoi il fut proposé de l'organiser autour de quatre piliers: l'environnement, le dialogue des cultures, la croissance économique et la sécurité. M. Sarkozy a d'autre part assuré que Paris serait aux côtés du Maroc dans sa lutte contre la pauvreté et annoncé un don de huit millions d'euros à "l'initiative nationale de développement humain" lancée par Mohammed VI en faveur des Marocains défavorisés. A propos des relations économiques entre la France et le Maroc, le chef de l'Etat a estimé que "le développement du Maroc (était) bon pour les entreprises françaises et pour la France".
Le dynamisme des relations avec le Maroc, instigué par M. Sarkozy, est vu d'un très bon œil par le peuple marocain, comme en témoigne d'ailleurs Sofia, étudiante à l'ESSEC : « Le Maroc est un pays en évolution rapide mais qui a un besoin certain de la France et de son soutien aussi bien politique qu'économique. » Néanmoins, des ombres subsistent au tableau des relations entre ces deux pays. Ainsi l'association « Reporters sans frontières » s'est inquiétée, à la veille du voyage, de la "détérioration notable" de la liberté de la presse au Maroc et a demandé au président français, considéré comme l'homme qui ose "dire les choses" sur le plan diplomatique, d'évoquer le sujet avec le roi Mohammed VI. Et l'annonce, concomitante à son voyage, du lancement par le juge Ramaël de mandats d'arrêt internationaux contre cinq Marocains soupçonnés d'être impliqués dans l'enlèvement, le 29 octobre 1965 en plein cœur de Paris, de l'opposant marocain Mehdi Ben Barka n'a pu que provoquer des réactions, auxquelles le Président a rétorqué que la justice française était indépendante des pouvoirs politiques. Le juge français souhaite notamment que les derniers protagonistes de l'affaire encore vivants répondent à ses questions. Or la justice marocaine tergiverse, arguant qu'elle ignore où résident les témoins à entendre. Le juge Ramaël souhaite vérifier que les corps des truands français qui ont participé à l'enlèvement de Ben Barka sont bien enterrés, ce à quoi les autorités marocaines sont pour le moins récalcitrantes. Pour résumer, "les mandats d'arrêt [sont] un coup de semonce supplémentaire adressé aux autorités marocaines. Soit elles acceptent enfin d'exécuter les commissions rogatoires, soit elles réagissent mal et bloquent tout". Enfin, le Président a profité de sa visite, première du genre au Maghreb, pour s'expliquer une fois de plus sur l'utilisation des tests ADN dans les affaires de regroupement familial, objet de critiques en France et au Maroc. « Il s'agit de permettre aux personnes qui le demandent, aux personnes qui sont volontaires, de prouver leur filiation et de ne risquer à aucun moment d'être confrontées à une accusation ou à un soupçon de fraude". C'est au prix de telles clarifications, réitérées autant de fois que nécessaires, et rythmées d'avancées économiques et commerciales, qu'une véritable Union méditerranéenne, espace de paix et de co-prospérité, pourra finalement se mettre en place.
17/11/2007
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