Home > Auto Moto > Sport automobile > Formule 1 > Renault F1 ou la stratégie de l’échec
En débarquant Trulli pour engager Villeneuve, Renault a réussi à compromettre et sa fin de saison et son image. Une aubaine pour BAR-Honda, qui en a profité pour voler la vedette à l'écurie française.
Magnifiée dans les médias, adulée par des Français en manque de représentant national en F1, Renault avait tout le potentiel pour réussir. Avec une excellente équipe technique, son savoir-faire de la F1, et avec deux pilotes bourrés de talent, Alonso et Trulli, Renault avait tout pour se battre pour des victoires en GP.
Renault victime d'un coup de BAR
Et Renault a échoué. Un échec relatif bien sûr, l’écurie française n’ayant pas à rougir d’une 3ème place au classement des constructeurs. Mais compte tenu des faillites sans doute conjoncturelles de Williams et de McLaren, Renault apparaissait comme la seule écurie en mesure de contrarier la Scuderia. Las, Renault n’a gagné qu’un seul Grand Prix (Monaco), autant (ou plutôt aussi peu) que McLaren et Williams et s’est fait voler la vedette par BAR-Honda. Sans Jacques Villeneuve, on ne donnait pourtant pas cher des chances de l’écurie britannique en début de saison. Mais l’ex-grand espoir de la F1, Jenson Button, a su se rappeler à nos bons souvenirs. Sa régularité (3 fois 2ème et 6 fois 3ème) l’a logiquement mené à la 3ème place au classement des pilotes (1er non Ferrai) devant… Fernando Alonso, le 1er pilote Renault.
Briatore, Machiavel de la F1 ?
Renault pourrait très bien se satisfaire de cette fort honorable 3ème place si un goût amer de gâchis ne subsistait pas… Le moins que l’on puisse dire, c’est que la politique sportive du fantasque et roublard patron de Renault, Flavio Briatore, n’y est pas étrangère. Au sein de Renault, tout était pourtant pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles… jusqu’à l’été 2004. Malgré toutes les louanges reçues par le jeune prodige espagnol Fernando Alonso, le leader Renault au championnat à l’aube de l’été 2004 s’appelait bel et bien Jarno Trulli. Grâce à sa belle victoire à Monaco, le pilote italien devançait l’Espagnol d’une poignée de points. Premier erreur de la team Renault : n’avoir pas su gérer la médiatisation d’Alonso et surtout la sous-médiatisation de son coéquipier.
Après sa victoire à Monaco, Trulli enchaînait les contre-performances pendant l’été 2004 avec notamment une bourde à Magny-Cours, où l’Italien était dépassé dans le dernier virage par Barrichello. Aux accusations de démotivation lancées par Briatore, Trulli répondait, tout en acceptant sa place de numéro 2, que le staff n’était pas mobilisé autour de lui comme il l’était pour Alonso.
Le torchon brûlait entre Briatore et Trulli. Motif réel : Flavio Briatore voulait engager de longue date un autre pilote italien Giancarlo Fisichella, son ancien pilote chez Benetton. Alonso étant intouchable, Trulli était sur la sellette. C’est alors qu’est intervenu un petit arrangement entre amis dans le milieu de la F1… Briatore, à la fois patron d’écurie et agent de pilote, aurait facilité le transfert de Webber, dont il est l’agent, chez Williams. En échange, Frank Williams lui aurait laissé Fisichella. Quant à Trulli, Flavio Briatore en tant que patron de l’écurie de Trulli pouvait tranquillement le laisser partir et en tant… qu’agent de Trulli le recaser n’importe où, en l’occurrence chez Toyota. Sans oublier de licencier Trulli à 3 GP de la fin.
Renault joue, et perd
Après avoir débarqué Trulli et avoir recruté Fisico pour la saison 2005, il restait à Renault à trouver un remplaçant à Trulli pour les 3 dernières courses. Au coude à coude avec BAR-Honda au classement, Renault n’avait pas le droit à l’erreur. Tout naturellement, le choix attendu était celui du 3ème pilote. Ce choix avait été celui de toutes les grandes écurie de F1 ces dernières années : Salo à la place de Schumi chez Ferrari en 1999, Pizzonia à la place de Schumi frère cette année chez Williams… Parce que le 3ème pilote en tant qu’il est pilote essayeur connaît la voiture comme personne, peut-être encore mieux que les pilotes titulaires eux-mêmes. Cela tombait très bien pour la F1 française puisque le 3ème pilote Renault est le grand espoir français Franck Montagny. Tout cela était trop évident pour Briatore qui a toujours préféré le coup médiatique et débauchait de sa retraite (dorée) l’ancien champion du monde Jacques Villeneuve. Et Montagny, écoeuré, de déclarer : « Je fais parti du présent, Jacques appartient au passé ». Ambiance, ambiance…
Et ce qui devait arriver arriva, malgré son immense talent, le Canadien ne put jamais prendre la mesure d’une nouvelle voiture en 2 petits mois et ne rapporta aucun point au classement. Ces performances désastreuses contribuèrent à renvoyer Renault à ses chères études : à BAR-Honda le titre honorifique de dauphin de Ferrari. Rageant… mais mérité ?
En tout cas, cet imbroglio aura eu le mérite de lever le voile sur la réelle politique sportive de Renault, empreinte de cynisme, et d’écorner deux mythes : Renault, équipe sympa, et Renault, écurie (pro)française…
29/10/2004
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